Équateur : Escalade de la violence et criminalisation à l'encontre de la communauté Kichwa Tzawata-Ila-Chukapi et de son président, Wayra Alvarado
Front Line Defenders exprime sa profonde inquiétude face à la recrudescence des agressions violentes, des actes de harcèlement et de la criminalisation dont sont victimes la communauté autochtone Kichwa Tzawata-Ila-Chukapi et son président, Kambak Wayra Alvarado Andy. Cette communauté se situe dans la province de Napo, en Amazonie équatorienne. Les attaques dont ils sont victimes font partie d’un processus continu de spoliation territoriale, dans le cadre duquel la société Terraturismo S.A. tenterait d'expulser la communauté autochtone de ses terres. Ces actes mettent gravement en danger leur intégrité physique, leurs moyens de subsistance et leur droit à leur territoire.
La communauté Kichwa Tzawata-Ila-Chukapi habite le canton d'Archidona, dans la province de Napo, où ils entretiennent depuis des générations un lien étroit, tant sur le plan spirituel et culturel que pour leurs moyens de subsistance, avec ce territoire. La communauté défend depuis longtemps ses terres ancestrales contre la colonisation, l'accaparement des terres et les activités extractives qui menacent son mode de vie et ses droits collectifs. Depuis plus d'une décennie, les Kichwa Tzawata-Ila-Chukapi sont victimes de menaces, de surveillance, de harcèlement et des activités de déforestation. La déforestation remonte aux processus de colonisation menés par le gouvernement équatorien dans les années 1950, lorsque des terres de l'Amazonie équatorienne ont été attribuées à des acteurs privés, sans reconnaître l'occupation historique de ces terres par le peuple kichwa.
Kambak Wayra Alvarado Andy est l'actuel président de la communauté et un défenseur reconnu du droit à la terre et des peuples autochtones. Dans le cadre de son travail, il représente la communauté auprès d’institutions nationales et d’organisations internationales, pour dénoncer les impacts négatifs des activités extractives sur leur territoire ancestral et exigeant le respect de leurs droits collectifs — ce qui lui vaut d’être victime de menaces, de harcèlement et de criminalisation.
La communauté affirme qu'elle occupait son territoire ancestral autochtone depuis avant 1900. Elle dit avoir récupéré une partie de ce territoire en 2008, et obtenu une reconnaissance officielle par le biais d'un accord ministériel en 2011. Cependant, elle aurait perdu environ 627 hectares de terres depuis 2016, date à laquelle Terraturismo S.A. affirme avoir acquis ces terres.
Bien que la société ait engagé une procédure d'expulsion en décembre 2025 en s'appuyant sur un précédent arrêté d'expulsion, la Direction de la police de Napo a rejeté la procédure après avoir constaté des irrégularités dans ledit arrêté. Compte tenu de ce rejet, le Bureau du Médiateur a également exhorté les autorités à s'abstenir de toute mesure susceptible d'entraîner l'expulsion de cette communauté. Néanmoins, Terraturismo S.A. a continué à prendre des mesures visant à expulser la communauté de son territoire. Dans le même temps, des enquêtes journalistiques accusent l'entreprise de mener des activités autres que celles liées au tourisme auxquelles elle prétend se consacrer.
Début 2026, la communauté a signalé des incursions menées par du personnel de l'entreprise et des agents de sécurité privés, équipés d'engins de chantier et d'armes, qui ont détruit de petites parcelles de terre (chakras) —parcelles indispensables à la subsistance des familles — et qui perturbent les services de base. Le 10 juin 2026, environ 200 personnes liées à l'entreprise ont pénétré sur le site dans le cadre d'une tentative d'expulsion, faisant au moins trois blessés graves et plusieurs autres blessés. D'autres tentatives d'intrusion sur le territoire, ainsi que des attaques, ont été signalées les 1er et 3 juillet, ainsi que le 15 juillet 2026. Malgré des plaintes répétées adressées aux autorités policières, la communauté affirme que les forces de sécurité n'ont pris aucune mesure pour prévenir ou mettre fin à ces incidents.
Ces attaques sont assorties d'une criminalisation des défenseur⸱ses des droits humains qui jouent un rôle de premier plan pour revendiquer le droit de la communauté Kichwa Tzawata-Ila-Chukapi à jouir de ses terres ancestrales. Leur président, Wayra Alvarado, fait actuellement l'objet de quatre plaintes pénales, déposées entre février et juillet 2026 par des personnes liées à Terraturismo S.A. Les plaignants lui reprochent l'occupation illégale et l'accaparement de terres sur son territoire. Ces plaintes incluent une accusation de diffamation liée à des déclarations faites par le défenseur à propos de la protection des terres ancestrales de la communauté autochtone. Suite à ces tentatives de criminalisation, il a été arrêté le 7 mai et bénéficie actuellement d'une libération conditionnelle au lieu d'une peine d'emprisonnement. D'autres membres de la communauté et des organisations autochtones alliées font également l'objet de plaintes pénales.
Ces événements illustrent la persécution dont sont victimes celles et ceux qui défendent les droits des peuples autochtones en Équateur, notamment les personnes qui défendent leurs territoires ancestraux. Cette persécution compromet l'exercice légitime du droit à défendre les droits humains.
Front Line Defenders exprime son inquiétude face à la combinaison de violences physiques, de tentatives d'expulsion, de destruction des moyens de subsistance et de criminalisation dont est victime la communauté Kichwa Tzawata-Ila-Chukapi. Front Line Defenders considère que les poursuites pénales engagées contre Wayra Alvarado font partie d’un schéma consistant à utiliser le système judiciaire pour entraver la défense légitime du droit à la terre des peuples autochtones et pour intimider la communauté.
Front Line Defenders exhorte les autorités équatoriennes à mener sans délai une enquête indépendante sur les attaques perpétrées contre la communauté Kichwa Tzawata-Ila-Chukapi ; à identifier et à traduire en justice tous les responsables, tant les auteurs directs que les commanditaires ; à garantir la protection effective de la communauté et de ses dirigeants ; de s’abstenir de toute mesure impliquant une expulsion contraire aux engagements pris par l’Équateur en vertu du droit international relatif aux droits humains ; d’abandonner les poursuites contre Wayra Alvarado, ainsi que contre d’autres membres de la communauté et leurs alliés ; et de veiller à ce que Wayra Alvarado et les autres défenseur⸱ses des droits humains puissent mener à bien leur travail légitime en faveur du territoire sans violence, menaces, harcèlement, ni criminalisation.


